L’économiste 2009

Acteur réalisateur: Rachid El Ouali

La star du cinéma marocain, Rachid El Ouali
Derrière ses allures de jeune premier, Rachid El Ouali cache une âme joviale et plutôt comique. Mais une vérité peut en cacher une autre. Sous ses airs de célébrité enjouée, le top des acteurs marocains n’oublie pas ses années de souffrance.
Enfance volée. Rachid El Ouali n’a pas eu ce que l’on peut appeler une enfance heureuse et paisible. Dès ses 2 ans, il enchaîne les allers-retours à l’hôpital militaire de Rabat, où son père était infirmier. Atteint de diphtérie (une angine respiratoire créant une fausse membrane à l’entrée des voies respiratoires et causant l’asphyxie), sa vie et celle de sa famille, composée de 7 frères et sœurs, tourne au cauchemar. Mais ce n’était que le début d’une longue galère. Après la diphtérie, il est attaqué par toute une série de maladies mystérieuses, et subit de nombreux tests et opérations. Des fois avec des chances de réussite n’excédant pas les 4%! A une certaine époque il a même frôlé la paralysie totale. «Je n’ai vraiment pas du tout profité de mon enfance. Je suis resté malade jusqu’à l’âge de 13 ans. Même mes examens je les passais à l’hôpital», confie Rachid. «C’est pour cela que je suis devenu un grand enfant. Ma femme me dit qu’elle a trois enfants à la maison au lieu de deux», ajoute-t-il.
Mais c’est paradoxalement durant ces années de souffrance passées à l’hôpital qu’il développe son talent d’acteur. Au milieu de soldats blessés, le jeune Rachid s’improvise tantôt  clown tantôt chanteur, afin d’amener un peu de gaieté et de vie à l’intérieur des murs froids de l’hôpital. «A l’époque, beaucoup me prédisaient un grand avenir dans le domaine de l’art», se souvient le jeune prodige de la scène.

Ses études. «Mes études étaient un peu atypiques. J’étais élève externe dans un orphelinat de Rabat. C’était le choix de mon père», raconte Rachid. C’est d’ailleurs cette escale au milieu des démunis qui a fait de lui un citoyen engagé dans les œuvres sociales. Le comédien est, en effet, membre actif de plusieurs associations caritatives. Il est aussi ambassadeur de bonne volonté du PNUD, pour la lutte contre le sida. Et c’est, en fait, pour cette raison qu’il porte toujours une écharpe rouge lors de ses sorties médiatiques. Après l’école de l’orphelinat, où il avait pour camarade un certain Hamid Saâdani, Rachid, élève brillant et studieux, est muté dans une école publique. Toutefois, dans cette école fondée par la résistance, l’enseignement de la langue française ne faisait pas partie des priorités. Ainsi, il se rend compte, trop tard, qu’il était totalement passé à côté de la langue de Molière. Mais c’était sans compter sur sa détermination. Il arrive à apprendre la langue à l’âge de 28 ans, en grande partie grâce à sa femme Ibtissam. La coqueluche du cinéma marocain joue même dans des pièces de théâtre écrites en français, dont «Les caprices de Marianne», d’ Alfred de Musset. Pour lui, c’est une revanche méritée.

Ses débuts. Durant ses années de lycée, Rachid s’adonne à l’écriture et à la poésie. Son talent de comédien il le découvre un  peu par hasard, en passant un concours d’art dramatique au théâtre Mohammed V de Rabat, en 1983, juste pour encourager ses amis. Eux sont recalés, tandis que lui décroche un rendez-vous pour une séance d’essai. Rachid se rend compte tout de suite que c’est ce qu’il veut faire de sa vie: devenir comédien. Son amour pour l’art deviendra tel qu’il abandonnera tout pour accompagner son professeur de théâtre et mentor, Abbas Ibrahim, dans une tournée en Algérie, même son baccalauréat! Il faut dire qu’il est plutôt enclin à l’aventure. «Je ne peux pas vivre entre quatre murs. D’ailleurs étant jeune, je rêvais de devenir journaliste et de parcourir le monde», affirme Rachid. Durant cette période, il s’imprègne des valeurs de son idole, le metteur en scène Abbas Ibrahim, à savoir rigueur, respect des engagements et précision. «Nous avions presque fait du théâtre militaire», lance le comédien.
Son entrée dans le cinéma, il la réussit grâce à un petit rôle dans «Un amour à Casablanca» de Abdelkader Laktaa, en 1989. Cela suffit pour le faire remarquer des réalisateurs. Juste après, il décroche le rôle principal dans un feuilleton, «Les ombres du passé» en 1992. Avec une 2e participation dans un feuilleton (Hout Al Ber de Farida Bourkia) la même année, sa carrière est lancée, et les sollicitations fusent.
Il joue alors dans de nombreux films à succès, «qui ont réconcilié le public avec le cinéma marocain», comme il le dit si bien. Tels que «le voleur de rêves» de Hakim Noury, qui lui vaut le prix du meilleur acteur lors du festival national de Tanger de 1995. Et aussi  «Mektoub» de Nabil Ayouch (1996), «Destin de femme» et «Elle est diabétique et hypertendue, et ne veut pas mourir» de Hakim Noury (1998 et 1999), et «Et après» de Mohamed Ismaïl (2000), aux côtés de Victoria Abril. Il joue également dans «Adieu mères», de Mohamed Ismaïl (2008), qui concourt actuellement pour la cérémonie des oscars. Cependant, le rôle qui a le plus marqué le comédien est celui de «Salim», jeune journaliste intègre et plein d’idéaux, dans le film de Hakim Noury «Un simple fait divers», en 1997. Avec ce rôle Rachid réalise son rêve d’enfance de devenir journaliste.
Il décide, pour la petite histoire, d’appeler son fils aîné «Salim», né le jour de l’avant-première du film.
Son rôle dans le feuilleton «Serb lahmam», diffusé durant le Ramadan 1997 à l’heure du ftour (une première pour un feuilleton marocain), a marqué un tournant dans sa carrière. Sa popularité a augmenté d’une façon exponentielle.
Non à la monotonie. Après 25 ans de carrière en arts dramatiques, et de nombreuses distinctions nationales et internationales, Rachid El Ouali se lance aussi dans l’animation télévisuelle. «C’était pour moi une fenêtre me permettant de me rapprocher plus de mon public et de lui faire découvrir une autre facette de ma personnalité», explique-t-il. Et puis pour lui, c’est toujours enrichissant de s’essayer à plusieurs domaines. Actuellement, il s’investit à la fois dans sa carrière d’acteur, dans la production, l’écriture de films et la réalisation. Il a, entre autres, trois courts métrages à son actif, dont «La mouche et moi» et «Le défunt», qui ont été primés dans des manifestations internationales, en France, au Canada et en Afrique. A 43 ans, Rachid commence aussi à penser à diversifier ses rôles et à prendre de nouveaux tournants. Il rêve par exemple de jouer, au moins une fois, le rôle du jeune père, partagé entre modernité et tradition.
En outre, l’acteur/réalisateur risque prochainement d’en surprendre plus d’un, en touchant également au domaine humoristique. Eh oui, il écrit en ce moment son premier one-man-show «Moi ma femme». Rien que ça! Mais avant, il offrira un avant-goût «comique» à son public. Avec son nouveau film, «Le jour où il est né, la lumière est partie», qui sera produit par sa sociétéClaproduction, écrit et réalisé par Mohamed Karrat. Dans ce film, Rachid s’aventurera même dans le terrain de la danse et du chant (avec une chanson écrite par lui), aux côtés de l’actrice Houda RIHANY. Et ce n’est pas tout, l’actualité de l’acteur, classé parmi les 100 personnalités qui font bouger le Maroc par le magazine L’Express, ne s’arrête pas là. Il prépare, par ailleurs, son premier long métrage (une histoire d’amour), dont le texte sera écrit par lui-même, et le scénario par Hicham Lasry. Il participe également à la deuxième partie du téléfilm «Mhayne Dal Houssein», qui sera intitulée «Race Lamhayne». Rachid est aujourd’hui l’acteur le plus demandé et le mieux payé au Maroc. Plusieurs réalisateurs n’hésitent pas à faire appel à lui encore et encore pour leurs films, ce qui n’est franchement pas le cas de tous les acteurs. Pour lui la raison est évidente, «je suis simple et facile à vivre. Je ne suis pas non plus très à cheval sur les cachets», précise-t-il.
Graines de stars Avec sa femme et ses enfants, Salim (11 ans) et Adam (9 ans), qui sont de véritables graines de stars. Ils prennent déjà des cours de théâtre, et jouent dans des pièces de théâtre, publicités et films.
Ibtissam. C’est son alter ego. «C’est ma vie, mon bonheur à moi. Je réussis grâce à elle», déclare-t-il. Ibtissam était à l’origine top model. Sa rencontre avec Rachid est celle de l’occident avec l’Orient. Ils sont très différents, mais se complètent. Ils ont néanmoins l’amour de l’art en commun, Ibtissam étant chanteuse. Partout dans les fêtes entre amis c’est elle la star. Aujourd’hui, elle joue le rôle d’attachée de presse de son mari, assure la gestion de sa société de production, ainsi que la modération de son site internet (www.rachidelouali.com), qu’elle prend très à coeur. Sans compter l’éducation de ses deux enfants, Salim (11 ans) et Adam (9 ans), véritables graines de stars, ayant déjà joué dans plusieurs spots publicitaires, films, et pièces de théâtre. Adam, le plus jeune, a récemment joué dans un court métrage réalisé à l’occasion du 50e anniversaire de l’Unicef, par Mohamed Ismaïl, pour Al-Jazeera Children.

Loisirs. Dans son travail, Rachid El Ouali est un homme sérieux, pointilleux. Mais dans sa vie privée, c’est l’enfant allègre qu’il n’a pas pu être durant sa jeunesse. Ses passions, c’est, après l’art et l’écriture, le bricolage et la cuisine. Jeune, il collectionnait les magazines de bricolage. Il adore aussi cuisiner pour sa famille et ses amis. Le jeune premier du cinéma pratique également quotidiennement le sport (50 minutes par jour de natation, marche et cyclisme), mais plus  par obligation que par plaisir. Rachid, très croyant et viscéralement attaché à sa famille, embrasse toujours la vie à bras-le-corps. Mais il garde au fond de lui une peur profonde du lendemain. «Pour moi la vie est comme un train que l’on prend, et on ne sait pas dans quelle station on doit s’arrêter. C’est pour cela que je me demande chaque jour quel avenir j’ai laissé à mes enfants», conclut l’artiste dramaturge, bientôt comique…

Ahlam NAZIH