Acteur réalisateur: Rachid El Ouali
Mais c’est paradoxalement durant ces années de souffrance passées à l’hôpital qu’il développe son talent d’acteur. Au milieu de soldats blessés, le jeune Rachid s’improvise tantôt clown tantôt chanteur, afin d’amener un peu de gaieté et de vie à l’intérieur des murs froids de l’hôpital. «A l’époque, beaucoup me prédisaient un grand avenir dans le domaine de l’art», se souvient le jeune prodige de la scène.
Ses études. «Mes études étaient un peu atypiques. J’étais élève externe dans un orphelinat de Rabat. C’était le choix de mon père», raconte Rachid. C’est d’ailleurs cette escale au milieu des démunis qui a fait de lui un citoyen engagé dans les œuvres sociales. Le comédien est, en effet, membre actif de plusieurs associations caritatives. Il est aussi ambassadeur de bonne volonté du PNUD, pour la lutte contre le sida. Et c’est, en fait, pour cette raison qu’il porte toujours une écharpe rouge lors de ses sorties médiatiques. Après l’école de l’orphelinat, où il avait pour camarade un certain Hamid Saâdani, Rachid, élève brillant et studieux, est muté dans une école publique. Toutefois, dans cette école fondée par la résistance, l’enseignement de la langue française ne faisait pas partie des priorités. Ainsi, il se rend compte, trop tard, qu’il était totalement passé à côté de la langue de Molière. Mais c’était sans compter sur sa détermination. Il arrive à apprendre la langue à l’âge de 28 ans, en grande partie grâce à sa femme Ibtissam. La coqueluche du cinéma marocain joue même dans des pièces de théâtre écrites en français, dont «Les caprices de Marianne», d’ Alfred de Musset. Pour lui, c’est une revanche méritée.
Son entrée dans le cinéma, il la réussit grâce à un petit rôle dans «Un amour à Casablanca» de Abdelkader Laktaa, en 1989. Cela suffit pour le faire remarquer des réalisateurs. Juste après, il décroche le rôle principal dans un feuilleton, «Les ombres du passé» en 1992. Avec une 2e participation dans un feuilleton (Hout Al Ber de Farida Bourkia) la même année, sa carrière est lancée, et les sollicitations fusent.
Il joue alors dans de nombreux films à succès, «qui ont réconcilié le public avec le cinéma marocain», comme il le dit si bien. Tels que «le voleur de rêves» de Hakim Noury, qui lui vaut le prix du meilleur acteur lors du festival national de Tanger de 1995. Et aussi «Mektoub» de Nabil Ayouch (1996), «Destin de femme» et «Elle est diabétique et hypertendue, et ne veut pas mourir» de Hakim Noury (1998 et 1999), et «Et après» de Mohamed Ismaïl (2000), aux côtés de Victoria Abril. Il joue également dans «Adieu mères», de Mohamed Ismaïl (2008), qui concourt actuellement pour la cérémonie des oscars. Cependant, le rôle qui a le plus marqué le comédien est celui de «Salim», jeune journaliste intègre et plein d’idéaux, dans le film de Hakim Noury «Un simple fait divers», en 1997. Avec ce rôle Rachid réalise son rêve d’enfance de devenir journaliste.
Il décide, pour la petite histoire, d’appeler son fils aîné «Salim», né le jour de l’avant-première du film.
Son rôle dans le feuilleton «Serb lahmam», diffusé durant le Ramadan 1997 à l’heure du ftour (une première pour un feuilleton marocain), a marqué un tournant dans sa carrière. Sa popularité a augmenté d’une façon exponentielle.
En outre, l’acteur/réalisateur risque prochainement d’en surprendre plus d’un, en touchant également au domaine humoristique. Eh oui, il écrit en ce moment son premier one-man-show «Moi ma femme». Rien que ça! Mais avant, il offrira un avant-goût «comique» à son public. Avec son nouveau film, «Le jour où il est né, la lumière est partie», qui sera produit par sa sociétéClaproduction, écrit et réalisé par Mohamed Karrat. Dans ce film, Rachid s’aventurera même dans le terrain de la danse et du chant (avec une chanson écrite par lui), aux côtés de l’actrice Houda RIHANY. Et ce n’est pas tout, l’actualité de l’acteur, classé parmi les 100 personnalités qui font bouger le Maroc par le magazine L’Express, ne s’arrête pas là. Il prépare, par ailleurs, son premier long métrage (une histoire d’amour), dont le texte sera écrit par lui-même, et le scénario par Hicham Lasry. Il participe également à la deuxième partie du téléfilm «Mhayne Dal Houssein», qui sera intitulée «Race Lamhayne». Rachid est aujourd’hui l’acteur le plus demandé et le mieux payé au Maroc. Plusieurs réalisateurs n’hésitent pas à faire appel à lui encore et encore pour leurs films, ce qui n’est franchement pas le cas de tous les acteurs. Pour lui la raison est évidente, «je suis simple et facile à vivre. Je ne suis pas non plus très à cheval sur les cachets», précise-t-il.
Loisirs. Dans son travail, Rachid El Ouali est un homme sérieux, pointilleux. Mais dans sa vie privée, c’est l’enfant allègre qu’il n’a pas pu être durant sa jeunesse. Ses passions, c’est, après l’art et l’écriture, le bricolage et la cuisine. Jeune, il collectionnait les magazines de bricolage. Il adore aussi cuisiner pour sa famille et ses amis. Le jeune premier du cinéma pratique également quotidiennement le sport (50 minutes par jour de natation, marche et cyclisme), mais plus par obligation que par plaisir. Rachid, très croyant et viscéralement attaché à sa famille, embrasse toujours la vie à bras-le-corps. Mais il garde au fond de lui une peur profonde du lendemain. «Pour moi la vie est comme un train que l’on prend, et on ne sait pas dans quelle station on doit s’arrêter. C’est pour cela que je me demande chaque jour quel avenir j’ai laissé à mes enfants», conclut l’artiste dramaturge, bientôt comique…

